Entrepreneuriat immigrant et développement régional : un potentiel stratégique pour les membres de l’APDEQ

par Emplois en régions

La régionalisation de l’immigration est désormais au cœur des stratégies de développement économique du Québec. Dans un contexte de rareté de main-d’œuvre, de transferts d’entreprises et de fragilisation de certains écosystèmes locaux, les entrepreneurs issus de l’immigration représentent un levier réel, mais sous-exploité, pour les régions.

Pour les agents de développement économique membres de l’APDEQ, la question n’est plus de savoir si ce potentiel existe, mais comment l’activer efficacement, en tenant compte des contraintes structurelles et des besoins spécifiques de cette clientèle.

Un poids entrepreneurial supérieur à la moyenne

Les données sont claires : les personnes immigrantes affichent un taux d’entrepreneuriat significativement plus élevé que les natifs. Selon Green, Liu, Ostrovsky et Picot (2023), le taux d’entrepreneuriat atteint 40 % chez les personnes immigrantes, contre 16 % chez les personnes nées au pays. Cette surreprésentation traduit une propension marquée à créer leur propre emploi, souvent en réponse à des barrières d’accès au marché du travail, mais aussi par une culture entrepreneuriale et une volonté d’autonomie.

Au Québec, une proportion importante des personnes immigrantes récentes détient une formation universitaire. Selon Statistique Canada, les personnes immigrantes sont plus susceptibles que les natifs de posséder un diplôme universitaire, particulièrement dans les cohortes récentes (Statistique Canada, 2018). Pourtant, cette qualification ne se traduit pas toujours par une intégration professionnelle à la hauteur des compétences, ce qui alimente le recours à l’entrepreneuriat comme stratégie d’insertion ou de requalification.

Toutefois, la viabilité des entreprises après sept ans demeure légèrement inférieure chez les personnes immigrantes (50 %) comparativement aux natifs (59 %) (Ostrovsky et Picot, 2018). Cette donnée invite à dépasser une lecture uniquement quantitative. L’enjeu pour les territoires n’est pas seulement d’attirer des entrepreneurs immigrants, mais de soutenir la consolidation et la pérennité de leurs projets.

À l’échelle canadienne, l’importance stratégique de cette dynamique est appelée à croître. Une analyse relayée par Radio-Canada, citant le Conference Board du Canada, souligne qu’en Ontario, d’ici 2035, 50 % des entreprises pourraient appartenir à des personnes immigrantes de première génération. Cette projection illustre l’ampleur du phénomène et les transformations à venir dans la structure entrepreneuriale du pays.

Des atouts distinctifs pour les régions

L’entrepreneuriat immigrant présente plusieurs avantages structurels. La littérature souligne notamment une tolérance élevée au risque et une forte résilience, liées au parcours migratoire (BDC, 2023). Les entrepreneurs immigrants démontrent également une capacité à mobiliser des réseaux transnationaux, facilitant l’accès à de nouveaux marchés ou à des chaînes d’approvisionnement diversifiées.

Dans un contexte régional marqué par le vieillissement des propriétaires d’entreprises, ces caractéristiques peuvent contribuer à soutenir la relève entrepreneuriale, la reprise d’entreprises existantes ou la diversification sectorielle. L’entrepreneuriat immigrant ne se limite pas à la création de microentreprises de subsistance : il inclut des projets structurants, technologiques ou orientés vers l’exportation.

Des obstacles spécifiques et persistants

Le potentiel ne doit cependant pas masquer les contraintes. Les entrepreneurs immigrants font face à un accès plus limité au financement institutionnel, particulièrement en raison de l’absence d’historique de crédit local ou de garanties suffisantes (BDC, 2023). Le capital de départ est souvent restreint, ce qui freine l’ambition initiale du projet.

S’ajoute à cela, une méconnaissance des normes implicites du marché local : culture d’affaires, attentes des consommateurs, cadres réglementaires. Selon Statistique Canada (2021), les écarts de revenus entre travailleurs immigrants et natifs demeurent significatifs dans les premières années suivant l’arrivée, ce qui affecte la capacité d’autofinancement et d’investissement.

Enfin, la construction de réseaux de confiance constitue un défi majeur en région. L’ancrage communautaire, essentiel au succès d’une entreprise locale, demande du temps. Il est estimé qu’un entrepreneur immigrant peut nécessiter jusqu’à 33 % de temps supplémentaire de préparation pour atteindre un niveau de viabilité comparable à celui d’un natif.

Régionalisation : opportunité ou risque accru?

La régionalisation de l’immigration peut amplifier à la fois les opportunités et les risques. En région, la concurrence est parfois moins forte et les niches de marché plus accessibles. Les besoins en services de proximité, en relève commerciale ou en innovation sociale, sont réels.

Cependant, les défis structurels — accès au logement, transport, rareté de services spécialisés — peuvent compliquer l’installation. Les personnes immigrantes engagées dans un projet de régionalisation doivent simultanément gérer l’intégration sociale, la relocalisation familiale et le démarrage d’une entreprise. L’absence d’accompagnement intégré augmente le risque d’échec ou de retour vers les grands centres.

Emplois en régions : un levier d’arrimage stratégique

Depuis 2018, plus de 5 000 personnes immigrantes ont été accompagnées vers les régions par Emplois en régions. Le projet, financé par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, s’appuie sur une expertise conjointe d’organismes spécialisés et propose un accompagnement structuré : évaluation initiale, exploration des territoires, préparation à l’emploi ou à l’entrepreneuriat, séjours exploratoires et référencement vers les acteurs locaux.

Pour les entrepreneurs immigrants, l’offre inclut des ateliers informatifs, un suivi personnalisé de l’idéation d’affaires et des liens directs avec les institutions financières et organismes de soutien. Cette approche réduit l’asymétrie d’information et facilite l’intégration dans l’écosystème régional.

Pour les membres de l’APDEQ, Emplois en régions représente un allié opérationnel. Il permet de préqualifier des candidats motivés par la vie en région, francophones et déjà engagés dans une démarche de préparation. L’enjeu n’est pas de déléguer le développement entrepreneurial, mais de créer un continuum d’accompagnement entre Montréal et les territoires d’accueil.

Vers une collaboration structurante

L’entrepreneuriat immigrant n’est ni une solution miracle ni un phénomène marginal. Il constitue une composante croissante de l’économie canadienne et québécoise. Pour les régions, l’enjeu est stratégique : transformer une dynamique migratoire en levier durable de vitalité économique.

La collaboration entre les agents de développement économique et Emplois en régions peut renforcer cette transformation. En partageant les besoins sectoriels, en facilitant les maillages locaux et en soutenant les projets à fort potentiel, il devient possible d’augmenter non seulement le nombre d’installations en région, mais surtout leur taux de succès à long terme.

La régionalisation de l’immigration repose sur des partenariats concrets. Emplois en régions se positionne comme un point d’ancrage pour bâtir ces alliances et soutenir, avec réalisme et rigueur, l’essor d’un entrepreneuriat immigrant durable au service des territoires québécois.

 

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