Résister, rebondir, repenser : l’innovation comme système de navigation

par Natalie Quirion
Présidente, Opportuna Conseil

La semaine dernière, j’ai eu le privilège de participer au premier panel du Forum printanier 2026 de l’APDEQ, aux côtés de collègues qui ont posé, chacun à leur manière, un diagnostic lucide sur la conjoncture actuelle  : économie fragile, pénurie de main-d’œuvre qualifiée, baisse de 20 % des résidents non permanents, géopolitique qui s’invite désormais dans le quotidien des entreprises, transitions technologiques qui s’accélèrent… Devant un tel contexte, on pourrait être tentés, comme dirigeants ou professionnels du développement économique, de baisser la tête et d’attendre que la tempête passe.

Ma conviction est exactement inverse. L’incertitude c’est souvent le moteur même de l’innovation.

L’innovation, ce n’est pas que de la technologie

C’est le premier malentendu à dissiper, et il est revenu plusieurs fois pendant nos échanges. Quand on dit « innovation », beaucoup pensent immédiatement robot, application, intelligence artificielle. Mais l’innovation, c’est beaucoup plus large.

Le Manuel d’Oslo (2018) (la référence de l’OCDE) définit l’innovation comme étant un produit ou un processus nouveau ou amélioré, qui diffère sensiblement de ce qui existait avant, et qui a été mis à la disposition d’utilisateurs ou mis en œuvre dans l’organisation. Ma définition de terrain va dans le même sens, en plus simple : l’innovation, c’est la création de valeur parce qu’elle a été adoptée. Pendant le panel, un participant a mis le doigt sur un enjeu majeur : en région, la définition officielle de l’innovation est souvent perçue comme élitiste. Les chiffres ne collent pas toujours à la réalité du terrain, parce qu’on n’arrive pas à nommer ce qu’on fait. Il nous faut un vocabulaire commun, un langage plus accessible. Je suis totalement d’accord. Démocratiser et démystifier l’innovation, c’est donner aux dirigeants les mots pour reconnaître ce qu’ils font déjà afin d’insuffler en eux le courage d’aller plus loin.

Trois réactions face à l’incertitude

J’observe trois grandes postures. La première, le statu quo. C’est une posture rassurante à court terme, mais souvent la trajectoire la plus risquée à moyen terme, parce que le monde, lui, n’attend pas. La deuxième, la fuite en avant : on bouge pour bouger, on adopte la dernière techno à la mode. Beaucoup d’énergie, peu de valeur. La troisième, celle que je défends : l’innovation comme posture.

Trois verbes résument ces postures: résister, rebondir, repenser.

Les trois mouvements du dirigeant

Résister, c’est le premier mouvement. L’outil, c’est l’ancre. Quand la tempête frappe, on jette l’ancre pour ne pas dériver. On protège le “navire”, on s’arrime à ce qui compte : la mission, les valeurs, l’identité profonde de l’organisation. Résister, ce n’est pas l’immobilisme : c’est choisir activement ce qu’on défend. C’est dire non à certaines coupures qui auraient l’air intelligentes sur un tableur, mais qui démoliraient une compétence clé qui a pris dix ans à bâtir et trois mois à perdre. Un participant a proposé un exercice que j’ai beaucoup aimé : crayons rouge, jaune, vert. On commence par supprimer avant de choisir, avant d’intégrer du neuf. Couper pour mieux rebâtir.

Rebondir, c’est garder le cap tout en s’adaptant. L’outil, c’est le gouvernail. On balaie l’horizon proche pour repérer les signaux forts : ce qui est déjà là et qu’on n’exploite pas. Un processus à simplifier, un client qui demande quelque chose qu’on n’offre pas encore, une compétence dans l’équipe qu’on n’a jamais valorisée. Rebondir, c’est transformer une difficulté en opportunité concrète, sans changer de destination.

Repenser, c’est le plus exigeant. Ce n’est plus garder le cap : c’est déplacer le chemin. C’est l’innovation de rupture. L’outil, c’est le radar. Il détecte les signaux faibles : micro-tendances, attentes qui se reformulent, transitions réglementaires et technologiques. Un angle mort a d’ailleurs émergé de nos discussions : on parle souvent de la réglementation comme d’un frein. Mais elle peut tout autant être un levier d’innovation. Un des rôles du développement économique, peut justement être de révéler ces opportunités aux dirigeants.

Trois mouvements, trois instruments de bord : l’ancre, le gouvernail, le radar. Le travail du dirigeant, c’est de savoir lequel des trois sa situation appelle, à quel moment, et avec quelle intensité. Le piège, c’est de rester bloqué dans un quand le contexte en demande un autre. Il faut alors s’entourer d’acteurs stratégiques pour éviter ce risque.

L’orchestration : la notion incontournable

S’il y a un mot que je tenais à apporter dans la discussion, c’est celui-là : orchestration. C’est une notion que je porte depuis longtemps dans mon travail auprès des territoires et des entreprises, et j’ai eu le plaisir de la voir reprise, reformulée et prolongée par mes collègues tout au long du panel. Parce qu’au fond, un projet d’innovation n’est jamais un acte solitaire.

Pour qu’un dirigeant se mette à repenser son organisation, il a d’abord besoin de comprendre qu’il est entouré : par un écosystème, par des pairs, par des partenaires, par des chercheurs qu’il faut encore apprendre à « traduire » pour le terrain. Trop de dirigeants naviguent encore seuls, le nez dans le quotidien, sans voir les ressources qui gravitent autour d’eux. L’orchestration, c’est ce qui permet de rendre cet écosystème visible et utile.

Le rôle du développement économique, c’est cela : garder le tempo. Être facilitateur, levier, allié, sans jamais devenir une couche de complexité supplémentaire. Saisir les fenêtres d’opportunité, miser sur la puissance des collaborations, désamorcer les silos, mutualiser les projets. Dans un contexte où les subventions se sont raréfiées et où la géopolitique s’invite partout, c’est déterminant.

L’innovation, c’est un investissement

On voit encore trop souvent l’innovation comme une dépense : coûteuse, risquée, qu’on se permet quand tout va bien. Je vous propose de le repenser. L’innovation c’est un investissement. Et dans l’incertitude, c’est sans doute le plus rentable : c’est lui qui détermine si votre organisation sera encore là, et en santé, dans cinq ans.

Je vous laisse avec la question suivante : dans votre territoire, qui résiste, qui rebondit, qui repense et qu’est-ce que ça vous dit sur votre prochain coup à jouer ?

Au fond, l’enjeu n’est pas technologique. Il est humain. Tout le monde a besoin de tout le monde. Et c’est probablement la plus belle nouvelle de notre époque.

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