L’aménagement des parcs industriels à la croisée des chemins

par Louis Grenier
Expert de la communauté

Lors du dernier colloque PALME sur les parcs industriels (11 et 12 mai derniers), j’ai réalisé que nous avions collectivement un immense travail à accomplir au cours des prochains mois concernant l’aménagement de nos parcs industriels. Inutile de revenir sur la pénurie de terrains et sur la pression de la demande : ce sont désormais des conditions avec lesquelles il faudra composer pour encore plusieurs années. Inutile non plus de rappeler l’importance de l’économie circulaire et de l’obligation d’une gestion verte des espaces industriels, ce sont des éléments incontournables de la pérennité économique et de l’acceptabilité sociale des zones industrielles.

Je veux surtout réagir à deux nouvelles politiques qui définiront notre capacité locale et régionale d’accueil et de rétention d’entreprises industrielles : la certification des terrains industriels et le volet industriel de la politique nationale d’architecture et d’aménagement du territoire, document qui sera bientôt déposé par la ministre Andrée Laforest du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation.

Certification des terrains industriels

Le BNQ1 propose désormais un processus de certification des terrains industriels sur un cycle de 5 ans (un parc industriel au complet peut également être certifié). Ce processus comprend 25 exigences, mais permet de proposer des terrains prêts à construire aux entreprises, accélérant ainsi significativement le délai de construction pour un client potentiel.

On ne saurait trop recommander aux municipalités qui contrôlent la propriété foncière de leur(s) parc(s) industriel(s) de les faire certifier dans ce programme. Comme plusieurs des exigences requièrent des sommes importantes pour s’y conformer, le gouvernement entend contribuer jusqu’à hauteur de 50% aux investissements afférents. Les municipalités comme les propriétaires fonciers privés sont admissibles au programme.

Dans mon esprit, cette initiative est plus que bienvenue, car elle permettra aussi de mieux concurrencer l’offre des états américains ou même l’offre ontarienne qui proposent une telle certification depuis plusieurs années. L’expression shovel ready que recherchent les investisseurs industriels pourra donc désormais être aussi présente chez nous.

L’aménagement des parcs industriels

La certification sera d’autant plus importante dans le contexte actuel de pénurie de terrains industriels. Dans la politique nationale d’architecture et d’aménagement du territoire, le volet industriel proposera un nouveau cadre qui devra respecter les constats suivants. En italique, vous trouverez mes commentaires.

Privilégier la requalification et le redéveloppement des secteurs industriels existants

La récente poussée inflationniste du prix des terrains rend ce constat plus facile à atteindre. En effet, jusqu’à maintenant le coût de réhabilitation des terrains industriels existants était beaucoup trop éloigné du coût de viabilisation de nouveaux espaces. Cela dit, est-ce que dans la politique, une aide mieux articulée que l’aide existante pourra être consentie pour favoriser ce constat? C’est à voir;

Favoriser la mixité des fonctions à l’intérieur des secteurs industriels lorsque possible (limiter la monofonctionnalité)

Ce constat reste un « vœu pieux » dans la mesure où le développement des régions-ressources continue d’être souvent assuré par l’exploitation d’une mine ou par une entreprise de première transformation – par définition monofonctionnelle.

De plus, même dans les parcs industriels des régions manufacturières, certaines fonctions industrielles continuent de causer des nuisances (bruit, poussière, odeurs, etc.) et doivent donc être relativement isolées. La mixité des fonctions doit donc davantage s’exprimer en termes de renforcement de la chaîne de valeur au sein d’un même parc industriel qu’en termes de fonctions résidentielles ou commerciales ou bureaux couplées à la fonction industrielle au sein d’un même espace;

Assurer une cohabitation harmonieuse entre les différents usages afin de favoriser l’acceptabilité sociale des activités industrielles, notamment par l’implantation de mesures d’atténuation

Comme pour le constat précédent, c’est dans le cadre d’application de ces principes – importants au demeurant – que résidera le succès de l’implantation de mesures d’atténuation. Le syndrome du « pas-dans-ma-cour » qui s’applique à tous les projets humains est particulièrement difficile à gérer dans le domaine industriel. Par exemple, tout le monde est pour la récupération, mais personne ne veut un centre de récupération, assorti d’un dépotoir derrière sa maison. Aucune loi ou aucun principe vertueux ne pourra changer ce constat. Dans l’élaboration de la politique, cet aspect deviendra très important;

Caractériser l’offre et la demander en besoins industriels à l’échelle régionale et cibler les sites optimaux à leur déploiement, à cette échelle

C’est le constat le plus important en matière d’aménagement à mon avis. En clair, cela veut dire qu’il faut favoriser l’implantation de parcs industriels régionaux, minimalement à l’échelle de la MRC. Mais, cela implique des changements importants au chapitre de la taxation municipale (comment par exemple, distribuer la taxe municipale recueillie dans ce parc à toutes les municipalités de la MRC d’une façon plus facile qu’aujourd’hui) et de la gouvernance municipale (pour protéger les ententes intermunicipales des aléas politiques). La régie intermunicipale est certes un des outils déjà utilisés, mais son application à la gestion d’un parc régional n’est pas optimum. Donc, pour répondre adéquatement à ce critère, il faut interpeller le MAMH pour déterminer un modus operandi qui facilite l’implantation d’un parc industriel régional. Une déclinaison, semblable à celle en vigueur en France, pourrait d’ailleurs permettre l’intégration de « zones d’activités » à diverses échelles (régionale et locale) avec, par exemple, des zones « artisanales » pour renforcer les noyaux villageois, zones connectées aux zones industrielles régionales, sans pour autant favoriser l’étalement urbain ou sans gruger le territoire agricole. Autre exemple, la définition et l’encadrement en milieu rural des activités de transformation agroalimentaires (les serres et autres activités de transformation in situ) pour contribuer à l’autonomie alimentaire du Québec.

Contribuer à l’intégration des principes écoresponsables dans le développement et la transformation des zones industrielles, notamment par l’implantation d’infrastructures vertes de même que par la réalisation d’évaluations environnementales et de consultations publiques

C’est ici que la jonction entre le processus de certification et les objectifs de la politique nationale peut prendre toute sa signification. Plus il y aura de terrains et de zones certifiées, plus on pourra encadrer le développement et favoriser l’écoresponsabilité et la planification des principes de biophilie.

Favoriser les initiatives relatives à l’économie circulaire afin d’optimiser l’utilisation des ressources à toutes les tapes du cycle de vie d’un bien ou d’un service

Deux choses vont faciliter ce constat : 1) le Québec sort enfin de l’enfance en matière d’économie circulaire. La plupart des intervenants du milieu industriel comprennent le mécanisme de la circularité et plusieurs organismes et regroupements rodés et très professionnels sont actifs à ce chapitre. Il reste à connecter un « réseau » de parcs industriels pour augmenter la quantité d’extrants jusqu’à une « quantité économique » qui soit rentable à traiter. Encore une fois, le principe de l’aménagement de parcs plus grands et plus regroupés vient faciliter l’atteinte de cet objectif. 2) La pandémie a forcé la remise en question des « stocks stratégiques », une composante intéressante de l’économie circulaire.

Protéger et mettre en valeur le caractère patrimonial de certains bâtiments et secteurs industriels

Pour ce constat, il faudra définir comment on entretient ce patrimoine; est-ce qu’on cherche à prolonger l’utilisation industrielle de ces sites ou si le bâtiment doit être conservé pour une autre utilisation (institutionnelle, bureau ou résidentiel)

L’observation nous montre que le prolongement de l’utilisation industrielle est plus difficile, car ces bâtiments sont mal adaptés aux exigences de l’industrie moderne. Ils sont, par ailleurs, très solides et peuvent, avec succès, être recyclés pour d’autres fins. Dans la foulée de la réflexion sur l’ensemble du bâti patrimonial, le sort du bâti industriel doit être discuté; cela nous sort de la stricte planification de l’aménagement industriel.

 

Bref, une réflexion commune des intervenants municipaux est nécessaire pour répondre efficacement aux constats de la politique nationale d’architecture et d’aménagement du territoire, sous l’égide de regroupement comme l’UMQ ou la FQM, mais surtout, pourquoi pas, sous l’égide de l’APDEQ, notre association.

Sources

Image : Parc industriel de Chicoutimi, Promotion Saguenay

1 https://www.bnq.qc.ca/fr/normalisation/construction/terrains-industriels-prets-a-l-investissement.html

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